FIFA
jeudi 01 octobre 2026, 13:00

Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime : les joueurs et les joueuses doivent se sentir en sécurité lors du signalement de violences

FIFA and the United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC) jointly organised a panel to discuss legal and policy considerations for addressing racist and hate crimes in sports
  • Gerd Dembowski souligne l’importance de combler l’écart qui existe entre la réalité du football au quotidien et le système de justice pénale

  • Terry Ouko, ancienne capitaine de l’équipe nationale féminine du Kenya : « Les victimes doivent être écoutées »

  • Un groupe commun a été constitué lors du Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale

À l’occasion d’une prestigieuse conférence des Nations Unies sur la prévention du crime, les représentants de la FIFA ont proclamé que les joueurs et les joueuses devaient se sentir en sécurité lors du signalement de violences – notamment à caractère raciste –, et que les forces de l’ordre avaient un rôle important à jouer dans l’éradication de la discrimination dans le football.

Dans le cadre du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale, organisé à Abu Dhabi (Émirats arabes unis), la FIFA et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) ont constitué un groupe commun destiné à aborder les aspects juridiques et les politiques en lien avec la lutte contre le racisme et les crimes haineux dans le sport. La formation de ce groupe représente la dernière étape en date d’une collaboration entre les deux instances officialisée par la signature d’un protocole d’accord en 2023.

« Les personnes victimes de racisme font preuve de courage lorsqu’elles prennent la parole. Elles méritent d’être soutenues par des institutions qui en font de même », a déclaré Gerd Dembowski, le chef du département Droits humains et Lutte contre la discrimination de la FIFA. « Elles doivent se sentir en sécurité lors du signalement de violences, recevoir des informations claires sur les prochaines étapes à suivre et bénéficier d’un niveau de protection et d’accompagnement à la hauteur. Et cela s’applique aussi bien à une professionnelle qui joue devant des milliers de supporters qu’à un jeune footballeur amateur. »

Gerd Dembowski, Head of Human Rights and Anti-Discrimination at FIFA

À la suite de l’approbation de la mobilisation mondiale contre le racisme lors du 74e Congrès de la FIFA – tenu à Bangkok (Thaïlande) en mai 2024 –, la FIFA a mis en place un groupe constitué d’anciens footballeurs et footballeuses chargés d’émettre des recommandations sur les initiatives et mesures à mettre en place : le panel Voix des joueurs. Ce dernier a été largement appuyé dans son travail par le Centre pour le sport et les droits de l’homme, conformément à un accord conclu avec la FIFA.

D’après Gerd Debrowski, une des principales difficultés identifiées par le panel consiste à combler l’écart qui existe entre la réalité du football au quotidien et le système de justice pénale de certains pays.

15th United Nations Congress on Crime Prevention and Criminal Justice in Abu Dhabi, United Arab Emirates

« En approfondissant leurs analyses, le panel Voix des joueurs et la FIFA ont constaté que les institutions judiciaires pouvaient parfois être éloignées de la réalité du football au quotidien, voire difficilement accessibles. Entre le signalement d’un acte raciste et la sanction judiciaire appropriée de la part de l’autorité compétente agissant dans le cadre juridique adéquat, le chemin est parfois sinueux », a poursuivi l’intéressé.

« Nous voulons simplifier l’accès du football au système de justice pénale. Par l’intermédiaire de notre collaboration avec l’ONUDC, et grâce à la contribution de spécialistes ainsi que de joueurs et de joueuses, nous avons posé les premières pierres de notre projet. »

Gerd Debrowski a ensuite ajouté que les recommandations du panel Voix des joueurs devaient encourager les législateurs à :

  • convaincre les victimes qu’elles seront écoutées ;

  • veiller à ce que les forces de police et les procureurs disposent des ressources juridiques et de la formation nécessaires pour agir ;

  • instaurer une coopération efficace entre le milieu du football et le système judiciaire, de sorte que les responsables répondent de leurs actes et que les souffrances vécues par les victimes soient pleinement reconnues.

Terry Ouko, ancienne capitaine de l’équipe nationale féminine du Kenya et membre du secrétariat du panel Voix des joueurs, a expliqué que le fait de prendre la parole pouvait être très difficile, notamment pour les jeunes joueuses et joueurs issus du continent africain.

Elle a par exemple rappelé que lorsqu’un incident reste tu, il faut toujours se demander quelles auraient été les conséquences d’un signalement : « Qu’est-ce que ce signalement aurait coûté au joueur ou à la joueuse ?Son contrat ? Sa sélection ? Son temps de jeu ? Sa valeur sur le marché ? Son visa ? Sa réputation ? Dans certains cas, ce sont même les moyens de subsistance d’une famille entière qui sont en jeu. Il est nécessaire que la justice soit centrée sur les victimes si l’on veut que la justice comprenne les réalités que les victimes ont à affronter. Lorsqu’une personne signale une violence à caractère raciste – ou tout autre type de violence –, elle a besoin de plus qu’une simple procédure. Elle a besoin d’être écoutée. »

Teresa Ouko Calleb

Pour l’ancienne footballeuse, il est impossible de mettre en place une réponse efficace au racisme sans que les personnes qui l’ont subi soient impliquées dans son élaboration. Un élément d’autant plus important pour les joueuses, quand on sait que les différentes formes de discrimination peuvent se superposer.

« Une approche centrée sur la victime consiste à envisager la personne dans sa globalité, non à s’intéresser uniquement à l’incident signalé », a-t-elle poursuivi. « Il est temps de bâtir un système qui ne se contente pas uniquement de punir. Il est temps de bâtir un système qui écoute, protège, répare et prévient. Car sous chaque maillot se trouve un être humain. Et aucun être humain ne devrait être invisibilisé. »

Following the Global Stand Against Racism, taken by the 74th FIFA Congress in Bangkok, Thailand, in May 2024, FIFA set up a Players’ Voice Panel (PVP) of former players to advise on which initiatives and actions should be taken

Terry Ouko a ensuite insisté sur l’importance d’une gouvernance juridique solide, ainsi que sur la nécessité de conjuguer justice pénale et justice restaurative : « Il est donc de la plus haute importance de finaliser les recommandations juridiques conjointes de la FIFA et de l’ONUDC sur l’implication des gouvernements dans la lutte contre le racisme et la haine dans le football. Et il sera plus important encore de les transposer à l’échelle locale pour en faire des pratiques juridiques concrètes. »

Le Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale est le rassemblement mondial le plus important et le plus diversifié dans le domaine de la prévention du crime et de la justice pénale. Il réunit des dirigeants politiques, des professionnels du domaine, des universitaires, des organisations intergouvernementales et des représentants de la société civile.