mercredi 28 septembre 2016, 08:44

L'Asie remet en jeu sa suprématie

On pourrait être tenté de voir les compétitions mondiales de jeunes comme des versions miniatures de la Coupe du Monde de la FIFA™. Mais la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA s'est taillé une identité particulière. Habitués à dominer la scène internationale, les États-Unis et l'Allemagne ont appris à leurs dépens que ce tournoi refuse d'obéir aux règles de la hiérarchie traditionnelle. Aucun de ces deux poids lourds du football mondial n'a réussi à mettre la main sur ce trophée. Il y a deux ans, les Américaines manquaient carrément à l'appel, tout comme les Brésiliennes. Quant aux Allemandes, elles ont dû se contenter de la dernière place de leur groupe.

Jusqu'à présent, la Coupe du Monde Féminine U-17 sourit aux sélections asiatiques. Au milieu d'anciens vainqueurs comme la RDP Corée, la République de Corée et le Japon, la France fait figure d'intruse. Après avoir battu de nombreux records au Costa Rica en 2014, les Japonaises débarquent en Jordanie auréolées du statut de tenantes du titre. Elles feront logiquement partie des favorites. "Nous nous sommes fixé pour objectif de remporter deux éditions consécutives", confiait récemment le sélectionneur Naoki Kusunose àFIFA.com. "En tant que champions en titre, nous avons le devoir de proposer un jeu de qualité."

Prétendantes et débutantesL'Allemagne et les États-Unis seront bien présents cette année, avec une double ambition : justifier leur couronne continentale et mettre un terme à la domination asiatique. Finaliste il y a deux ans, l'Espagne espère franchir un nouveau palier en 2016. Enfin, les Vénézuéliennes, championnes d'Amérique du Sud, pourront s'appuyer sur une solide expérience : huit joueuses ayant participé aux demi-finales de la dernière édition seront du voyage en Jordanie. Parmi elle, la meilleure buteuse de Costa Rica 2014, Deyna Castellanos, s'annonce comme l'une des grandes animatrices du tournoi.

À cette liste, il faut encore ajouter le Brésil, le Canada, la RDP Corée, le Nigeria ou l'Angleterre - de retour après huit ans d'absence. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette Coupe du Monde Féminine U-17 une compétition aussi ouverte qu'incertaine, conformément à la tradition.

Le plateau de cette année inclut également quelques débutants, à l'image du Cameroun et de la Jordanie. Pour atteindre la seconde phase du tournoi, le pays hôte devra avant tout vaincre une petite malédiction. Jusqu'ici, aucun des quatre pays organisateurs n'a réussi à franchir le premier tour. Les deux derniers - Azerbaïdjan et Costa Rica - ont même perdu tous leurs matches. Le technicien anglais Robbie Johnson s'est vu confier pour mission de mettre un terme à cette série noire. Malgré l'ampleur de la tâche, il se veut optimiste quant au potentiel de son équipe. "Les U-17 jordaniennes sont très enthousiastes et elles ont soif d'apprendre", explique-t-il à FIFA.com. "Les filles que nous avons retenues travaillent d'arrache-pied avec l'encadrement technique, mais elles doivent donner le maximum sur le plan physique et technique. Ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons être compétitifs."

HéritageIndépendamment des performances des protégées de Johnson, le tournoi en lui-même revêt une importance particulière pour la Jordanie. Cette première compétition FIFA organisée au Moyen-Orient pourrait avoir un impact significatif sur le développement du football féminin dans la région. Depuis le lancement de son programme en faveur de la discipline en 2005, le pays fait figure de pionnier. Il espère maintenant devenir une référence pour les femmes et les jeunes filles, bien au-delà de ses propres frontières.

"Pour les jeunes filles, la pratique du sport, et plus particulièrement du football, peut changer radicalement la façon dont la société perçoit les femmes", note la reine Rania. "Si une Jordanienne souhaite jouer au football, je dis qu'elle doit pouvoir le faire. Elle peut ainsi devenir un modèle social, en modifiant les rôles traditionnels et en mettant en question la perception négative des femmes. Le football me semble la façon la plus saine et la plus dynamique de parvenir à ce résultat."

Changer la société n'est pas une mince affaire, mais cette ambition est également partagée par la FIFA et le Comité organisateur local (COL) dirigé par Samar Nassar. "Cet événement marquera un tournant dans l'histoire du football féminin en Jordanie car les projecteurs seront braqués sur notre discipline", explique Nassar, à la tête d'un organisme composé à 75 % de femmes. "Quand les jeunes filles sont sur le terrain, elles ne jouent pas uniquement pour elles-mêmes ou pour leur pays. Elles représentent toutes les jeunes filles du monde. Elles incarnent l'émancipation des femmes et la promotion de l'égalité des sexes."

Sur le terrain comme en dehors, les enjeux ne manqueront pas en Jordanie, avec un titre de champion du monde et l'avenir des femmes en ligne de mire.

Les équipes participantesGroupe A: Jordanie, Espagne, Mexique, Nouvelle-Zélande Groupe B : Venezuela, Allemagne, Cameroun, Canada Groupe C : Nigeria, Brésil, Angleterre, RDP Corée Groupe D : Etats-Unis, Paraguay, Ghana, Japon