L'Australie et le dilemme De Vanna
"Je sentais l'équipe à l'aise. Mais l'Australie a fait entrer De Vanna. Par sa vitesse sensationnelle et son instinct admirable, elle a encore prouvé qu'elle fait partie des meilleures attaquantes du monde."
L'hommage est de taille. Il est signé Bjarne Berntsen, dont les compliments teintés d'amertume adressés après Australie - Norvège viennent se mêler au concert de louanges dont Lisa De Vanna est l'objet. Il faut dire que l'attaquante a parfaitement rentabilisé ses deux entrées en cours de jeu puisqu'elle compte déjà trois buts à son actif à Chine 2007. L'égalisation qui a fait tant de mal au sélectionneur norvégien, une prune dans la lucarne expédiée depuis l'entrée dans la surface à la 83ème minute, a fait de cette joueuse de 22 ans la meilleure réalisatrice du Groupe C. Ce but n'était pas un fait isolé : il venait couronner une mi-temps de feu face à une défense nordique dépourvue d'arguments pour la contenir.
Inévitablement, ce nouveau coup d'éclat a placé Tom Sermanni devant une question de plus en plus pressante : pourquoi donc se priver de l'étincelante De Vanna pendant la moitié des matches ? Bente Nordby, la gardienne norvégienne, s'avoue elle aussi interloquée : "Cette remplaçante a changé la physionomie du match, c'est clair. C'est bizarre qu'elle ait débuté sur le banc. Si elle avait été titulaire, je pense que l'Australie aurait peut-être gagné".
Sermanni lui-même n'est pas opaque à ce genre de discours. Comme tout le monde, il est impressionné par la qualité affichée par sa joueuse et bien conscient que la popularité de sa plus petite protégée à Hangzhou, où elle est devenue une véritable coqueluche, n'est pas le fruit du hasard.
Pourtant, il est pratiquement acquis que la numéro 11 aussie sera en survêtement au coup d'envoi du match contre le Canada, décisif pour l'avenir de l'Australie à Chine 2007. Le plus surprenant, c'est qu'à entendre son entraîneur, la joueuse elle-même se satisfait pleinement de ce rôle de joker de luxe.
"Lisa a été une impact player pour nous. Elle-même préfère ce rôle car elle ne se sent pas capable de maintenir le même niveau d'intensité pendant 90 minutes. Maintenant qu'elle a mûri, elle aurait sûrement les moyens de tenir 90 minutes, mais avec les attaquantes que nous avons à notre disposition, nous gagnons encore à l'utiliser dans ce rôle. Pour le moment, ça marche bien comme ça, alors pourquoi toucher à quelque chose qui fonctionne ?"
Il est rare de trouver des joueuses préférant assister en spectatrices aux débuts de rencontres. Corroborant les propos de son mentor, De Vanna confirme son appartenance à cette catégorie. Et d'écarter d'un revers de la main l'idée qu'elle pourrait être victime de son propre succès en tant que "super remplaçante".
"Franchement, je ne pense pas que je serais trop efficace en débutant d'entrée, a-t-elle reconnu après son but contre la Norvège. Devant, il y a Sarah Walsh, Caitlin Munoz et Kate Gill, qui font du super boulot et usent les défenses. Moi, j'entre en seconde période pour semer la panique !"
Les défenseuses canadiennes doivent regretter qu'un match de football se joue sur deux mi-temps...