vendredi 11 avril 2014, 07:22

Wambach : "Le football est un langage que nous comprenons tous"

Depuis le 20 juin 2013, l'attaquante des Etats-Unis Abby Wambach détient le record du plus grand nombre de buts inscrits par une joueuse en sélection. Mia Hamm avait fait trembler les filets 158 fois en 275 matches internationaux au cours de sa carrière. Wambach en est maintenant à 167 réalisations. La soif de victoire de la Joueuse Mondiale de la FIFA 2012 est encore loin d'être étanchée, d'autant plus qu'il lui reste un trophée à décrocher : le titre mondial.

Avec FIFA.com, la joueuse de 33 ans nous parle de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Canada 2015, de la National Women's Soccer League qui reprend le 12 avril, de ses records et d'un tweet du Président Barack Obama...

Abby Wambach, lors de notre précédent entretien, l'an dernier, vous étiez enthousiasmée par le lancement de la nouvelle ligue nationale féminine aux États-Unis. Quel est votre bilan après une première saison de NWSL ? La saison inaugurale a été un succès. Les années précédentes, on avait atteint des sommets sur certains aspects, comme les dépenses pour les stades et les salaires. On remet maintenant les compteurs à zéro, en quelque sorte. Pour certains, ce n'est pas suffisant. Dans un sens, je suis d'accord avec eux. Mais ce n'est pas comme s'il n'y avait aucune perspective d'évolution. Peu importe à quel niveau on démarre, ce qui compte, c'est d'avancer. Quoi qu'il en soit, je suis très fière de mon équipe et, de manière générale, de toutes les joueuses qui ont pris part à ce championnat avec l'espoir qu'il s'établisse de manière durable.

Quels changements sont nécessaires à vos yeux ? Je sais que la Fédération américaine veut créer l'un des meilleurs championnats au monde. Ce genre de chose n'est possible que si l'on apprend de ses erreurs. Les infrastructures vont s'améliorer au fil du temps, de meilleurs contrats seront mis en place, avec de meilleurs salaires, et l'entraînement aussi va progresser. En bref, les choses iront en s'améliorant, tant que les gens viendront dans les stades pour suivre les matches. La Major League Soccer a beaucoup de succès aux États-Unis, ce qui a aidé les équipes féminines à percer. Les Portland Timbers ont acheté les Portland Thorns et aussitôt après, 15 000 personnes venaient assister à un match. Toutes ces avancées sont fantastiques.

Il ne manque plus qu'un titre à votre palmarès : celui de championne du monde. Qu'attendez-vous de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 2015™ au Canada ? J'ai hâte d'y être, ce sera un vrai plaisir. Même si certains joueurs ne l'admettront jamais, disputer une Coupe du Monde, c'est du stress pur. Ça fait donc du bien de n'être parfois que spectateur. Bien sûr, le tournoi au Canada sera pour moi un formidable événement. D'abord parce qu'il se jouera pas très loin de chez moi et ensuite parce que le Canada est pour nous un grand rival. Ce sera une compétition passionnante. Je n'ai pas encore été championne du monde et je suis donc particulièrement déterminée. J'espère que nous aurons la petite part de chance nécessaire pour aller loin. Une Coupe du Monde nécessite beaucoup de préparation et il y a un certain nombre de choses sur lesquelles on n'a aucune influence.

Quel est votre favori pour la version masculine au Brésil ? Je vais bien sûr répondre les États-Unis ! Je pense que nous avons hérité d'un groupe difficile, mais si les résultats sont au rendez-vous, nous irons peut-être plus loin que le premier tour. La Coupe du Monde est toujours un événement exceptionnel. Elle attire des gens très nombreux, venus de plein de pays différents et qui ont tous quelque chose en commun : le ballon rond les réunit, même s'ils ne parlent pas la même langue. Le football est un langage que nous comprenons tous. C'est ce qui fait des Coupes du Monde des tournois si particuliers. Il y aura au Brésil des gens venus du monde entier. Ce sera passionnant de suivre les matches, de voir qui tirera son épingle du jeu et qui finira par monter sur la première marche du podium. On ne sait jamais ce qui peut se passer. C'est d'ailleurs là-dessus que se fondent les espoirs des fans américains.

L'an dernier, vous avez battu le record de buts en sélection détenu par Mia Hamm. Qu'avez-vous ressenti ? C'était un moment vraiment particulier, pas seulement pour moi, mais aussi pour mon équipe. Je ne sais pas ce que Mia en pense, mais je dirais qu'après tant de buts, on est forcément amené à réfléchir, on se demande comment on en est arrivé là, comment une telle chose est devenue possible. Mais tout ça ne tombe pas du ciel du jour au lendemain, on a le temps de le voir venir. Ce record est le fruit de beaucoup de travail, pas seulement de ma part, mais également de toute l'équipe. Mes partenaires doivent non seulement être bonnes à leur poste, mais aussi croire en elles et en moi. C'est précisément ce qui distingue notre groupe. Ça ne me surprend pas que mes coéquipières "m'offrent" tant de buts - c'est vraiment le terme approprié. Je suis peut-être celle qui met le ballon au fond des filets, mais il se passe beaucoup de choses avant et tout doit se dérouler parfaitement. Je ne suis pas de ces joueuses magiciennes spécialistes des passements de jambes mais plutôt un renard des surfaces, je convertis le plus d'occasions possible. Si je bats des records, c'est à mes coéquipières que je le dois.

Lorsque vous avez battu le record de Mia Hamm, le président américain Barack Obama a écrit sur Twitter : "Félicitations @AbbyWambach, la meilleure buteuse de l'histoire du football féminin des USA – votre pays est fier." Avez-vous été flattée ? Et comment ! Je crois que ses filles jouent au football. Avoir la reconnaissance du président des États-Unis, ce n'est pas rien ! J'ai également reçu de nombreux coups de fil et un SMS de Mia, qui me félicitait sincèrement. Ce sont des choses qui comptent. Je n'ai jamais rencontré notre président en personne et j'ai été d'autant plus touchée par son message. Je suis aussi particulièrement reconnaissante envers mes amis et les membres de ma famille pour leur soutien, ils m'ont tous contactée immédiatement après le but décisif.

Quel impact a eu Mia Hamm sur votre parcours ?  Je ne peux pas dire à quel point elle a joué un rôle important dans le déroulement de ma carrière. Au début, j'étais dans son équipe. Elle m'a beaucoup appris, directement ou indirectement. Je ne suis même pas sûre qu'elle en soit consciente. Elle s'est toujours mise entièrement au service du groupe. J'essaie de faire la même chose. Je me consacre entièrement à l'équipe et à notre succès. Mia m'a appris comment je devais me comporter sur le terrain mais aussi en dehors, elle m'a fait comprendre qui je voulais devenir. Elle a été à la fois mon idole et mon mentor. Je regardais ce qu'elle faisait et ce que je voyais me plaisait, je l'admirais. J'ai voulu faire la même chose qu'elle, autant que faire se peut, tout en y ajoutant ma note personnelle. Mia n'est pas seulement une amie et une coéquipière fantastique, c'est une véritable pionnière. J'ai de la chance de pouvoir dire que nous sommes amies.

Resterez-vous dans le monde du football après votre carrière de joueuse ? Il sera pratiquement impossible de me tenir à l'écart de cet univers quand j'aurai raccroché les crampons. J'ai investi énormément de temps dans le football pour qu'il avance dans la bonne direction. Je pense qu'une partie de l'héritage que je laisserai ne sera pas sur le terrain mais en dehors. Quand je ne jouerai plus, je veux contribuer à ce que le football féminin continue à avancer. Dans différents pays un peu partout dans le monde, il y a encore une grande marge de progression, même aux États-Unis. Je veux continuer à m'impliquer. Je ne sais pas si je ferai un bon entraîneur, je crois que je parle trop pour ça ! Mais je peux m'impliquer d'une manière ou d'une autre. Je sais que la Fédération américaine se consacre au développement du football féminin aux États-Unis. J'aimerais y participer, apporter ma contribution, dans la mesure du possible.