Dès que Ramiro Funes Mori a appris sa convocation avec l’Argentine, un téléphone a retenti au Texas, à Arlington, ville des Dallas Cowboys, monument du foot américain. "Salut Jeff. Je viens jouer chez toi avec mon équipe nationale !", s’est exclamé en anglais Ramiro. On était alors au mois d’août 2015 et, pour le Melli, récent vainqueur de la Copa Libertadores avec River Plate et en partance pour Everton, ce match amical avec l’Albiceleste sur les terres de son enfance lui permettait de boucler la boucle.
"J’ai du sang argentin, mais Dallas fait partie de ma vie parce que j’y ai vécu de neuf à 16 ans", explique Funes Mori à FIFA.com. "Ça m’a permis de découvrir une culture différente, un autre mode de vie. Au début, c’était difficile parce qu’on ne parlait pas la langue, mais au bout d’un an, on était bien adaptés". C’est là qu’il rencontre Jeff Waldrop, son entraîneur à l’Arlington High School, où il fait des merveilles en tant que milieu défensif. C’est là aussi qu’il commence à se forger une forte personnalité qui lui permettra de devenir, à 25 ans, l’un des défenseurs centraux les plus remarqués de la Premier League et un pilier de l’Argentine engagée dans les éliminatoires pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018.
On ne saura jamais quelle aurait été son histoire si le Dallas FC avait disposé d’un centre de formation capable de l’accompagner. Avec son frère jumeau Rogelio, aujourd’hui attaquant des Rayados de Monterrey, ils participent à un concours de jeunes talents pour la MLS. Rogelio l’emporte juste devant Ramiro et la suite logique devait conduire le vainqueur au sein du FC Dallas. Mais le rêve n’a jamais pu se concrétiser. "Il n’a jamais reçu de proposition de contrat du Dallas FC et nous, on voulait passer pro. Donc on est rentrés en Argentine".
Destins contraires Grands, costauds, talentueux et hargneux, les deux joueurs sonnent à la porte de River Plate en 2008. Le club les teste pendant deux semaines et n’hésite pas à les intégrer à son centre de formation. Si Rogelio poursuit son apprentissage au poste d’attaquant, Ramiro doit abandonner le milieu du terrain. "River avait déjà de très bons milieux de terrain, donc l’entraîneur m’a proposé de reculer d’un cran et j’ai accepté volontiers".
La carrière de Rogelio va décoller assez vite, notamment grâce à des buts inscrits en première division. Pour Ramiro, les choses prennent plus de temps. "J’avais le même rêve que lui, mais c’est plus dur de percer pour un défenseur. L’entraîneur a besoin d’avoir encore plus confiance en son joueur. Si un attaquant perd la balle, ce n’est pas grave, mais derrière, on n’a pas le droit à l’erreur", justifie-t-il. C’est donc deux ans et demi plus tard qu’il débute dans l’équipe première, mais pas au meilleur moment. Le club millonario vit en effet en 2011 la plus mauvaise année de son histoire, celle qui le verra abandonner momentanément l’élite.
Il est alors aligné à plusieurs reprises dans le couloir gauche, puis il connaît une blessure ligamentaire au genou. En parallèle, son frère tombe dans une spirale négative face aux buts adverses. Le club remonte dans la foulée, mais Rogelio est pris en grippe par les supporters. Et le patronyme vaut à Ramiro une certaine défiance, même après le départ de son frère. Jusqu’à ce qu’en mars 2014, survienne le Ramirazo…
Boca cousue "C’était un match contre Boca et j’ai marqué un but de la tête à la 85ème minute alors que ça faisait 1:1. Il n’y avait pas de supporters de River, tous étaient pour Boca. Mais d’un coup, il n’y avait plus un bruit. C’était incroyable", se souvient le remplaçant qui va permettre aux Millonarios de conquérir le tournoi de Clôture 2014. Quelques mois plus tard, c’est à l’échelon continental que tout se débloque. Titulaire dans ce raid final, Ramiro quitte son statut de paria pour devenir une idole des supporters, qui apprécient son côté gagneur et ses buts importants.
"Je suis un joueur solide, je suis fort de la tête et j’aime bien aller au contact. Je me donne à fond sur chaque ballon", se définit-il, dessinant ainsi un profil qui colle aux exigences du championnat argentin. "Pour jouer là-bas, il faut être costaud". Cela lui est très utile à Everton, où il grappille également une place dans le onze de départ alors qu’on lui promettait un rôle de doublure. "La Premier League est extrêmement intense et physique, avec des joueurs très rapides. J’apprends vite et j’ai pu jouer trois ou quatre matches consécutifs dès mon arrivée. Cela m’a mis en confiance, je ne pensais pas que j’aurais ma chance aussi vite", reconnaît-il.
En quelques mois, il se fait également une place avec l’Argentine. Gerardo Martino prend tout le monde par surprise en l’incluant dans sa liste et en le titularisant lors de quatre des cinq derniers matches de qualification pour Russie 2018. Le cinquième, il l’a raté en raison d’une accumulation de cartons jaunes ! "On apprend beaucoup des joueurs que l’on côtoie. On a une belle équipe qui doit viser la première place de cette poule, la victoire en Copa América et même à la Coupe du Monde", assène ce joueur obnubilé par la victoire.
Ce qui le chagrine, c’est l’éloignement de Rogelio, malgré "le sentiment de proximité qu’apportent les technologies actuelles. C'était très dur les premières semaines, quand il avait été acheté par Benfica (en 2013), mais après on s’est habitués. On se parle tous les jours. Je regarde tous ses matches. Lui, il regarde les miens. Il suit la Premier League parce qu’on regardait toujours le foot anglais ensemble quand on était petits".
Ça se passait à Arlington, bien avant que le téléphone ne sonne chez Jeff…