vendredi 09 septembre 2016, 12:16

Rodríguez tire les bénéfices de ses sacrifices

Imaginez des vacances d'été sans une seule glace, mais avec un régime strict pour entretenir sa condition physique et peu de temps passé avec les amis. Difficile, non ? "Les gens peuvent penser que c'est un sacrifice, mais pour nous, ce n'est pas ça. Car le fait de jouer une Coupe du Monde compense totalement les privations." Lucía Rodríguez se passe même depuis pas mal de temps de l'un de ses plats favoris, les œufs brouillés accompagnés de jambon : "C'est la première chose que je demande à la maison quand je reviens des stages de préparation", lance-t-elle à FIFA.com dans un éclat de rire.

Tous ces sacrifices pour un mot magique, que sa famille et ses amis ont entendu maintes et maintes fois ces derniers mois, concrètement depuis la qualification de l'Espagne pour la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA 2016. "Combien de fois par jour je dis le mot 'Jordanie' ? Au moins deux ou trois fois. Ces vacances ont été interminables. En fin de compte, je n'avais qu'une envie : que la Coupe du Monde arrive au plus vite", reconnaît celle qui a atteint son objectif après des années d'entraînement et de matches, depuis l'âge de 6 ans. "Avant ça, je faisais de la natation, mais ça ne me plaisait pas. Je jouais toujours au foot avec mes amis. Un jour, j'ai dit à mon père : 'C'est bon, maintenant je sais nager. Inscris-moi au football'. Heureusement, il m'a toujours soutenue à ce niveau-là, tout comme le reste de ma famille."

Le sport espagnol a peut-être perdu une future nageuse de talent, mais il a gagné une footballeuse rapide, douée à son poste de défenseuse, et dotée d'un tempérament de leader. "Allez capi !", la chambrent ses coéquipières avant le début de l'entretien avec FIFA.com. Lucía, l'une des trois capitaines de l'équipe, n'a toutefois pas besoin d'être encouragée. À 16 ans, elle répond aux questions comme si elle avait fait ça toute sa vie. Après tout, elle est déjà une ancienne dans sa catégorie d'âge. "Oui, c'est un peu bizarre d'être considérée comme une ancienne mais en même temps, ça fait déjà deux ans que je joue en U-17." Elle est l'une des huit joueuses de l'effectif espagnol qui ont participé aux deux derniers EUROS en 2015, remporté par la Rojita, et 2016, perdu en finale aux tirs au but face à l'Allemagne.

Une page tournée Pour les Espagnoles, la désillusion a été vive, mais elles ont vite relevé la tête, Lucía la première. Elle n'hésite pas à prendre la parole quand la situation l'exige. Elle s'est même fait une petite réputation dans ce domaine. "J'improvise. Si je prépare mes causeries, il m'arrive d'oublier ce que je voulais dire. C'est le pire", confie-t-elle en riant.

Lorsqu'elle a vu ses coéquipières en larmes dans le vestiaire de la BATE-Borisov Arena, les mots lui sont venus naturellement. "C'est dans ces moments-là que l'on voit si nous formons vraiment une équipe. Les deux autres capitaines, Noelia Ramos et Laia Ailexandri, et moi avons vu que les filles avaient besoin de réconfort. Oui, nous venions de perdre une finale, mais il nous restait quelque chose de très beau à disputer. Il fallait vite tourner la page pour arriver dans les meilleures dispositions en Jordanie." Au vu du sourire qui illumine le visage de Lucía, on comprend que la page de cette défaite en finale a définitivement été tournée.

L'Espagne arrive en Jordanie avec l'étiquette de favorite, en tant que vice-championne d'Europe et du monde. À Costa Rica 2014, la Rojita avait atteint la finale. "Nous allons être l'équipe à battre pour les autres sélections, mais nous devons nous y habituer et même utiliser ça comme source de motivation. Nous devons nous dire : 'Si nous sommes favorites, alors prouvons-le'. Ça doit nous permettre de mieux jouer", estime-t-elle. "La Coupe du Monde, ça va être quelque chose, c'est certain ! J'ai parlé avec les filles qui étaient au Costa Rica. Elles m'ont toutes dit que c'était leur plus belle expérience, que c'est difficile à expliquer, mais qu'il faut en profiter au maximum, de chaque minute, de chaque instant."

Lucía et ses coéquipières sont parfaitement disposées à suivre ce conseil… et à revenir avec le trophée. "Dire 'on veut gagner la Coupe du Monde', ça fait prétentieux mais en même temps, je ne vais pas dire que je n'ai pas envie de la gagner. Sinon, je n'irais pas !" Et sinon, elle n'aurait pas "sacrifié" ses vacances.