Ralf Kellermann connait bien la règle de trois. En 2013, le technicien allemand a réalisé le triplé avec le VfL Wolfsbourg : Bundesliga féminine, Coupe d'Allemagne et Ligue des champions féminine de l'UEFA. Le 21 mai dernier, il a remporté pour la troisième fois la Coupe d'Allemagne, après ses succès à la tête des Wölfinnen en 2013 et 2015. Si ses joueuses venaient à vaincre Lyon en finale de l'épreuve européenne, il deviendrait le premier entraîneur à inscrire son nom à trois reprises au palmarès de cette compétition.
"Ça ne signifie rien du tout pour moi. Si nous l'emportons, j'éprouverai certainement le même bonheur que la première fois", assure pourtant l'Entraîneur de l'Année FIFA pour le football féminin 2014 à FIFA.com. "Ce qui compte davantage à mes yeux, c'est que nous allons disputer notre troisième finale en quatre participations. Nous n'avons échoué qu'une fois en demi-finale. Quand je pense que le Bayern Munich a été sorti au premier tour, alors qu'il a dominé la Bundesliga… On n'a pas le droit à l'erreur à ce niveau. Le chiffre trois n'a aucune importance particulière et si nous gagnons, nous ferons tout l'année prochaine pour ajouter un quatrième titre à notre collection."
Les protégées de Kellermann abordent le rendez-vous avec Lyon en pleine confiance, suite à leur récent succès sur Sand (2:1) en finale de la Coupe, même si disputer deux matches sous haute tension à cinq jours d'intervalle ne le satisfait pas vraiment. "C'est un petit handicap. Tout l'encadrement technique aurait préféré bénéficier de quelques jours supplémentaires pour bien préparer le choc face aux Lyonnaises", regrette Kellerman. "Samedi, nous étions concentrés sur notre match et dimanche, il fallait récupérer. En pratique, ça ne nous laisse que lundi et mardi pour travailler tactiquement. Une semaine complète aurait été la bienvenue. Heureusement, nous parlons de mettre en place de petites subtilités sur le plan tactique et non d'un travail de fond. Nous aurions apprécié d'avoir un peu plus de temps mais l'alternative, c'était de ne pas disputer la finale de la Coupe d'Allemagne. Alors, ça me va très bien comme ça !"
La référence lyonnaise L'adversaire de Kellermann en Ligue des champions féminine n'est pas un inconnu. En 2013, l'OL et le VfL s'étaient déjà mesurés en finale. À l'époque, Martina Müller avait donné la victoire au club allemand. "Depuis, l'effectif lyonnais a un peu changé", constate l'entraîneur de 47 ans. "Si nous devions parler de ses points forts, nous en aurions pour un moment ! À mon sens, Lyon est la référence absolue en club. Cette équipe évolue à un très haut niveau technique, tactique et physique. Les Lyonnaises sont très talentueuses et elles ont l'avantage sur nous d'évoluer ensemble depuis longtemps, à une ou deux exceptions près. Les automatismes sont désormais bien en place. C'est magnifique à observer. Depuis le 7:0 infligé à Paris, elles affichent une confiance à toute épreuve."
Müller, l'héroïne de la finale 2013, a raccroché les crampons à l'issue de la saison 2014/15. De son côté, Nadine Keßler a dû mettre un terme à sa carrière à l'âge de 28 ans, en raison de graves problèmes au genou. "C'est dur de voir une joueuse de cet âge, au sommet de son art et qui vient de recevoir la plus belle des récompenses individuelles, éloignée à jamais des terrains", regrette Kellermann en évoquant le cas de la Joueuse Mondiale de la FIFA 2014. "Je ne connais aucune équipe qui pourrait se passer d'une Nadine en pleine forme. Malheureusement, ça fait deux saisons que nous devons apprendre à jouer sans elle. Du coup, les choses ont un peu bougé. La hiérarchie au sein du groupe s'est modifiée, des joueuses ont pris davantage de responsabilités. Il n'existe personne capable de la remplacer à elle seule. Nous essayons donc de répartir les tâches entre plusieurs titulaires. À ce niveau-là, Nilla Fischer et Alexandra Popp ont été les plus sollicitées."
Wolfsbourg a perdu plusieurs piliers mais, parallèlement, a vu émerger d'autres joueuses. Le VfL s'est montré ambitieux sur le marché des transferts en recrutant notamment la Suissesse Lara Dickenmann et la Française Élise Bussaglia… deux anciennes Lyonnaises ! "Évidemment, elles connaissent la façon de fonctionner et la mentalité de notre adversaire", admet Kellermann. "Quand on dit qu'en 2013, elles n'étaient pas vraiment préparées à nous affronter, elles répondent : c'est exact. Quand je dis qu'elles n'ont pas su gérer la situation en rentrant au vestiaire sur un score vierge car elles n'ont pas l'habitude de souffrir en championnat, elles répondent : oui, c'est vrai aussi. Ces échanges sont intéressants car ils révèlent une mentalité très différente."
Avec ses adjoints, Kellerman tente de mettre au point une préparation spécifique pour Lyon. Ils sont ainsi allés observer l'équipe à plusieurs reprises et disposent de nombreuses vidéos. Ils ont ainsi constaté que les Lyonnaises ont déjà remporté le championnat et la Coupe de France ces dernières semaines, tout comme Wolfsbourg. Alors "jamais deux sans trois". Mais reste à savoir pour qui...