À 18 ans, l'actuel sélectionneur du Mexique qui défendra en août prochain sa médaille d'or olympique faisait deux heures et demie de transport par jour pour nettoyer des salles de classe. Entre deux coups de balai, Raúl Gutiérrez imaginait le meilleur moyen de capter l'attention des enfants de troisième, cinquième et sixième année, tout en s'interrogeant sur ce dont l'école avait besoin. "J'ai beaucoup appris au cours de cette période", raconte-t-il au micro de FIFA.com. "C'était une petite école rurale dans laquelle je devais tout faire. J'étais à la fois le directeur, le professeur de trois classes, l'homme à tout faire, le professeur d'éducation physique… L'expérience a été de courte durée, mais très satisfaisante. On voit le fruit de son travail, le changement d'attitude des enfants, leur apprentissage des responsabilités. Ce sont des choses qui marquent à vie." ** **
L'histoire de l'homme qui mènera le Mexique lors du Tournoi Olympique de Football Masculin, Rio 2016 a quelque chose de fascinant. Gutiérrez voulait jouer au football, mais "quand les parents disent non, aucune force au monde ne peut rien y faire". À la place, le futur sélectionneur mexicain a donc suivi des études supérieures. Son premier poste l'a conduit à enseigner dans cette petite ville rurale, à plus de deux heures de Mexico. Il décrit son séjour là-bas comme "un apprentissage de l'humilité", avant de convaincre finalement son père de le laisser devenir joueur professionnel. La suite de son parcours l'amènera notamment à disputer la Coupe du Monde de la FIFA, États-Unis 1994™ et à remporter la Gold Cup de la CONCACAF 1996 avec El Tri.
Devenu entraîneur, Gutiérrez a poursuivi sa moisson de titres : il a remporté la Coupe du Monde U-17 de la FIFA, Mexique 2011, avant d'échouer deux ans plus tard en finale d'EAU 2013. Il faut dire qu'il possède deux atouts essentiels pour polir les diamants bruts que produit le football mexicain : une connaissance poussée du jeu et un passé d'éducateur. "Pendant mon adolescence, j'ai appris à enseigner. Ce sont des choses qui restent et qu'on peut appliquer pour faire passer son message. C'est ce qui fait un bon professeur. Il faut trouver le meilleur moyen d'expliquer les choses en fonction de chaque public. Si on parvient à montrer l'impact de ses idées, les joueurs vous suivront sans hésiter."
Adaptation et neurolinguistique De son séjour dans la petite école loin de Mexico, il retirera l'une de ses plus importantes convictions : "Je devais rassembler trois tranches d'âge dans une même classe et trouver une façon de les organiser. Les troisième année faisaient une activité, les cinquième une autre et les sixième encore une autre. J'ai appris à m'adapter, ce qui m'a été très utile par la suite. Je parle beaucoup de ça à mes joueurs et je leur rappelle souvent : il faut s'adapter ou disparaître."
Il en va de même pour les études. En "autodidacte", Gutiérrez se dit convaincu qu'un entraîneur doit "improviser uniquement en cas d'urgence et non systématiquement". Pour accompagner la progression de son équipe, il faut en outre s'intéresser à des domaines divers et variés. "La programmation neurolinguistique, le coaching… tout ça a contribué à mon développement en tant qu'individu et en tant qu'entraîneur. J'ai toujours aimé lire. Lorsque j'étais encore joueur, j'ai lu un livre intitulé L'intelligence émotionnelle, écrit par Daniel Goleman. Ça m'a marqué et j'ai commencé à m'appuyer sur ce concept."
Bien entendu, toutes ces connaissances seraient inutiles sans ses protégés. "En football, les joueurs sont au centre de tout." Lorsqu'une idée, un détail tactique ou une nouvelle méthode lui vient à l'esprit, Gutiérrez n'hésite pas à interrompre sa promenade matinale au stade pour prendre des notes. Tous ses efforts se concentrent uniquement sur les 18 joueurs qui voyageront avec lui à Rio pour défendre le titre conquis à Londres. "Il y a quatre aspects dans le développement d'un footballeur : physique, technique, tactique et psychologique. Si l'un de ces secteurs ne va pas bien, les autres en pâtissent. On peut être fort mentalement mais si le physique ne suit pas, il faut s'attendre à souffrir", assure-t-il.
Vivre comme un champion, s'entraîner comme un champion Río 2016 constitue un "superbe défi" pour Gutiérrez, convaincu que le Mexique sera à nouveau présent dans la course à la médaille d'or, même s'il s'attend à un tournoi "très difficile". Le sélectionneur entrevoit également une autre menace sur le chemin qui mène à Rio : le centenaire de la Copa America. Plusieurs candidats à une place en sélection olympique pourraient être concernés par cette compétition, qui aura lieu en juin aux États-Unis. "Ce sont de jeunes joueurs qui ne pourront évidemment pas refuser l'opportunité de disputer un tel tournoi, mais il faut faire attention. Ils doivent se ménager des plages de récupération pour arriver à Rio dans de bonnes conditions. Nous essayons de faire comprendre à nos dirigeants qu'ils devraient se concentrer sur les Jeux Olympiques. Ce serait le scénario idéal pour moi."
Dans le cadre de ces négociations, il s'agit avant tout d'estimer combien de temps chacun de ces internationaux potentiels pourrait passer sur les pelouses américaines et de juger au cas par cas. El Potro pourrait ainsi être tenté de faire profil bas et de revoir ses objectifs à la baisse. En réalité, il se montre plus déterminé que jamais. "Nous n'avons pas peur d'être considérés comme favoris. Nous sommes conscients de la pression qui pèse sur nos épaules, mais nous ne cherchons pas à nous dérober. Depuis le début de cette aventure, nous avons voulu faire prendre conscience aux joueurs qu'ils se rendraient au Brésil pour défendre leur médaille d'or. Pour être un champion, il faut penser comme un champion, vivre comme un champion et surtout s'entraîner comme un champion. Plus on s'habitue à cette situation et moins la pression a de prise sur vous."
Et pour enseigner les leçons, Gutiérrez a été... à bonne école.