mardi 15 octobre 2019, 07:00

Trezeguet : "Jouer une Coupe du Monde est au-dessus de tout"

À l'occasion de l'anniversaire de David Trezeguet le 15 octobre, retrouvez l'interview que l'ancien attaquant international français nus avait accordée pour évoquer ses souvenirs de Coupe du Monde, tant du côté de la France que de de celui de l'Argentine.

Lorsque l'Argentine remporte la Coupe du Monde 1986, David Trezeguet vit à Buenos Aires et fête la victoire de Maradona et des siens. Douze ans plus tard, c'est à son tour de soulever le trophée suprême, avec le maillot bleu.

David, quels sont vos souvenirs d'enfant de la Coupe du Monde de la FIFA ?

Le Mondial 1986 au Mexique, gagné par l'Argentine. Mais je m'intéressais aussi à l'équipe de France que j'avais vue jouer en demi-finale avant d'être éliminée.

En 1986, vous avez huit ans et habitez Buenos Aires. Vous souvenez-vous de l'ambiance ?

C'était la folie. En Argentine absolument rien n'est plus important que le foot, ni la politique, ni l'économie. C'était un peu délicat, parce qu'en quart de finale, il y avait eu un match contre l'Angleterre, après la guerre des Malouines. Cette folie a duré non pas des mois, mais des années. Après avoir été éliminés en finale contre l'Allemagne en 1990, ils vivaient encore avec cette image de 1986.

Vous êtes sélectionné pour France 19 98, âgé alors d'à peine 20 ans. Que se passe-t-il à ce moment-là dans votre esprit ?

On dit souvent qu'en football tout va vite, dans mon cas c'est allé très très vite. J'ai signé avec Monaco en 1995, avant tout pour évoluer en équipe réserve. En 1997, j'ai été appelé en équipe nationale et six mois après j'étais sur la liste des 22, à 20 ans... Jouer la Coupe du Monde à cet âge-là, en France, c'était super.

Pendant cette compétition, vous avez marqué un but contre l'Arabie saoudite. Pouvez-vous évoquer le contexte ?

Les circonstances étaient particulières. Christophe Dugarry remplaçait Stéphane Guivarc'h, blessé pendant le match contre l'Afrique du Sud. Mais il a été touché à son tour et l'entraîneur a fait appel à moi. C'est ainsi que j'ai eu l'occasion de faire mon premier match en phase de poule et de marquer, dans un stade de France plein à craquer. C'était un centre de Lilian Thuram ; le gardien relâche le ballon et je suis là pour mettre la tête. On peut dire que ça a été un but facile, cependant il reste pour moi exceptionnel. On peut connaître le haut niveau, mais jouer une Coupe du Monde c'est vraiment au-dessus de n'importe quel championnat.

Après le Danemark, vous rencontrez le Paraguay : le premier match à élimination directe, où la France a souffert et où vous avez eu beaucoup d'occasions...

Nous étions face à une équipe technique, bien placée, qui pratiquait un football moins rapide que le nôtre et nous a mis en difficulté. Il faisait chaud, nous ne trouvions pas de solution... Si nous allions jusqu'aux tirs au but, nous avions la chance d'avoir Fabien Barthez, mais il ne faut pas oublier qu'en face il y avait Chilavert. Et Laurent Blanc a marqué le but de la victoire.

Sur ce but là, Robert Pires fait un centre et c'est vous qui le remettez.

Voilà. C'était pendant la prolongation. Le coach avait décidé d'envoyer presque tous les attaquants sur le terrain, il y avait Pires, Guivarc'h, Diomède... Sans trop de repère, je vois Lolo Blanc bien placé et j'essaie de lui donner un ballon le plus facile et le plus disponible possible. D'un coup le match est fini... Mais ce fut à mon sens le plus dur de la compétition.

Face à l'Italie, Aimé Jacquet fait le pari de vous faire entrer contre les meilleurs défenseurs du monde. De plus vous tirez un tir au but... Cette responsabilité vous effrayait-elle ?

C'était un match contre "l'ennemi", si je puis dire. Un match nul, mais de haut niveau, même s'il n'a pas été beau à voir pour le public. En prolongation nous avons failli perdre. Baggio ne rate pas ces occasions-là en général. Par chance, cette fois c'est passé à côté. Ensuite, pour les tirs au but, le coach, m'a encore une fois fait confiance : je n'ai pas réfléchi, j'y suis allé. J'ai bien placé mon ballon et Pagliuca est parti de l'autre côté...

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La finale vous apporte la victoire ultime. Racontez-nous ce que représente de vivre un jour comme celui-là.

Le Brésil de Ronaldo, Rivaldo, Bebeto, Dunga, c'est l'équipe à battre. Notre motivation était très élevée, nous étions prêts et sentions tout le pays avec nous. Tout cela a donné un match extraordinaire, je pense qu'il n'y a jamais eu de finale d'un tel niveau. On peut me parler de Brésil-Allemagne en 2002 : ce n'était pas d'une telle intensité. Puis, au moment de monter chercher le trophée, j'ai ressenti de l'émotion pure. Je pensais à 1986, quand j'avais vu les Argentins le soulever, à la télévision. Douze ans plus tard, c'était à mon tour de le faire, dans mon pays ! Le lendemain nous sommes allés sur les Champs-Elysées. Ces milliers de gens... Quel choc ! Cela a a été fort, très fort...

Quels souvenirs ceci vous évoque-t-il ? (On lui tend le trophée)

C'est exceptionnel. Quand on pense aux grands joueurs qui ont touché cette coupe... Cela a été un peu délicat pour moi, car à 20 ans il faut être conscient de ce qui vous arrive. A l'époque, je n'étais même pas titulaire à Monaco et mon premier trophée a été celui-là ! Difficile ensuite de retrouver la motivation et l'adrénaline au quotidien ! Par la suite, la victoire de l'Euro 2000 nous a aussi rendus très fiers, mais ce n'était plus la même chose.

Comment expliquez-vous être passé à côté au Japon en 2002 ?

C'est difficile à analyser, car notre équipe était forte. Trois de nos attaquants avaient fini meilleurs buteurs de leurs championnats respectifs (anglais, français, italien). Nous n'avons pas marqué un but en trois matches et avons été éliminés par des équipes d'un niveau moindre. Nous n'étions sans doute pas prêts psychologiquement. Mais je pense que connaître l'échec est utile pour la suite.