Dans son tour du monde des derbies, FIFA.com braque son projecteur sur le centre de la France où la rivalité entre Lyon et Saint-Etienne présente tous les ingrédients qui font de leurs affrontements des matches à part et des rendez-vous de légende, dont une nouvelle édition se profile ce 17 janvier, dans le cadre de la 21ème journée de Ligue 1. Même si les deux villes ne sont pas situées dans le même département, ce "derby du Rhône" est l'incarnation même de l'antagonisme local et des clichés qui vont avec. Car un derby, c'est aussi une caricature. Dans notre cas, celle de l'ouvrier contre le bourgeois, la passion contre la logique, le mythe contre la réalité.
Les origines Seulement 50 kilomètres séparent Lyon de Saint-Etienne mais cette courte distance suffit pour faire de ces deux villes à l'identité forte deux mondes à part. Le raccourci est facile mais colle à la réalité : Lyon est une ville bourgeoise et Saint-Etienne une cité ouvrière. Dans un rayon aussi réduit, l'antagonisme est donc inévitable sur le plan social, historique, culturel et - bien entendu - sportif, tous ces aspects étant indissociables. Ainsi, dans les années 1970, les succès nationaux et européens de l'ASSE étaient un moyen pour une ville en crise de prendre une revanche sur sa voisine, considérée comme bourgeoise et culturelle, mais en manque de résultats sportifs.
Sur le rectangle vert, la première opposition en championnat date de 1951. Les Gones avaient alors pris le meilleur sur les Verts , mais la tendance allait vite changer. Car si les Stéphanois présentent un bilan favorable dans les confrontations, ils le doivent surtout à leur période dorée, et notamment les années 70, où le drapeau vert flottait sur le football français, alors que les Lyonnais luttaient pour s'approcher des places d'honneur.
Après dernier titre de champion en 81, le vert stéphanois a un peu pâli. Un déclin qui a correspondu à la montée en puissance lyonnaise, initiée par l'arrivée du Président Jean-Michel Aulas. Ce dernier va construire pièce par pièce une machine à gagner régnant sur l'Hexagone au début des années 2000. Puis les Verts ont retrouvé de la couleur, tandis que les Gones ont perdu de leur superbe. Aujourd'hui les deux rivaux se retrouvent au même niveau, à des places d'honneur. Pas si loin des cimes de la Ligue 1. Quelques chiffres Sur le plan statistique, l'ASSE mène toujours les débats avec 41 victoires, 32 nuls contre 38 succès lyonnais en 111 matches. Mais Lyon a pris l'ascendant ces dernières années dans l'histoire de leurs confrontations directs. Car en 20 ans, les Gones n'ont perdu que trois fois sur 32 rencontres disputées, dont le jour de la centième édition de ce derby, en septembre 2010 (0:1), sur un but signé Dimitri Payet.
Si le meilleur buteur de ces confrontations est le Stéphanois Hervé Revelli (14), les plus expérimentés sont les Lyonnais Serge Chiesa et Yves Chauveau, avec respectivement 30 et 26 rencontres disputées. Saint-Etienne peut se vanter d'avoir remporté le match le plus prolifique (5:4, le 22 septembre 1963 à Lyon) alors que Lyon compte dans ses rangs les quatre seuls joueurs ayant réussi un triplé lors d'un derby : Fritz Woehl (1951), Angel Rambert (1963), Fleury Di Nallo (1971) et Alexandre Lacazette (2015).
Anecdotes et petites phrases Comme chaque derby, celui du Rhône a ses légendes, ses héros et ses bons mots. Ainsi en 1967, quelques jours après un match de Coupe de France perdu contre le voisin, l'entraîneur des Verts Jean Snella avait estimé que "les Lyonnais avaient joué la carotte", se contentant d'attendre après l'ouverture précoce du score. Lors des retrouvailles en championnat, les supporters lyonnais le prirent au mot et jetèrent des carottes sur le terrain ! L'attaquant Georges Bereta en reçut une sur la tête, la ramassa et la mangea, ce qui ouvrit l'appétit des Verts qui croquèrent les Lyonnais (2:1). Quelques décennies plus tard l'ancien buteur Bernard Lacombe, aujourd'hui conseiller du Président lyonnais, félicitera à sa manière "Sainté" pour son retour dans l'élite : "C'est bien de retrouver les Verts cette saison, ça nous fait six points et une bonne recette assurée !"
Quelques années plus tard, au plus fort de la domination lyonnaise, le Président Aulas décida à son tour de taquiner ses rivaux. "La Ligue des Champions, les Stéphanois la jouent eux sur Playstation," lança-t-il. Cette phrase culte de Jean-Michel Aulas, prononcée après la victoire de l'ASSE à Gerland (0:1), pour la centième du derby, a donné de l'inspiration aux supporters stéphanois. Lors du match retour, l'un d'entre eux a offert à Aulas... une Playstation ! Au même moment, une grande banderole était déployée par le groupe des Magics Fans derrière le but de Jérémie Janot, le gardien stéphanois. On pouvait y lire : "Ce cadeau au nom du peuple Vert" . Aujourd'hui Saint-Etienne - Lyon, c'est le choc entre l'équipe des années 70 et celle des années 2000. Certes, le club stéphanois reste mythique grâce à son glorieux passé, mais la plupart des supporters n'ont pas connu la "grande époque" verte et aimeraient bien conjuguer les résultats au présent plutôt qu'au passé. Côté lyonnais, l'armoire à trophées s'est rempli entre 2000 et 2009, avant de se refermer. Et la côte d'amour sur le plan national reste inférieure à celle des voisins stéphanois.
Mais le jour du match, plus rien ne compte. Ni passé, ni classement, ni chiffres, quoique... Car en ce début 2016, outre la suprématie locale, Lyon, sixième de Ligue 1, a besoin impérativement des trois points pour recoller au podium. Et la problématique pour Saint-Etienne, septième, à égalité de points avec son meilleur ennemi. Malgré; les 50 kilomètres qui les séparent, l'objectif restera donc toujours le même pour les deux ville... prendre leurs distances entre elles !
Ils l'ont dit... "La meilleure chose à Lyon, c'est la rocade Est qui permet d'éviter de passer par Gerland" - Patrick Revelli , acien attaquant de l'AS Saint-Etienne** ;
"La seule chose qui me fait trembler à Geoffroy-Guichard, c'est le froid" - Jean-Michel Aulas , pré**sident de l'Olympique de Lyonnais
"L'OL rêvait de faire venir Drogba ou Eto'o. Ce que je vois, c’est Piquionne qui signe. Et il a 30 ans" - * Bernard Caïazzo , président de l'As Saint-Etienne
"Si je ne joue pas à Saint-Étienne, c’est par conviction. C’est le club que je déteste le plus ! J’aime pas leur maillot, ça me dégoûte !" - * Benjamin Biolay , artiste français
"Ce n'est pas de sa faute si Benjamin est né à Lyon, qui n'est pas vraiment une ville de foot. Aulas a bien essayé d'enrichir l'OL pour en faire un club puissant et populaire, mais l'amour ne s'achète pas. J'ai vécu trois ans à Lyon, et j'ai bien vu que les gens n'aimaient pas trop le foot, ou n'y comprennent pas grand-chose" - Mickey 3D , artiste français
"En football, Saint-Étienne sera toujours la capitale et Lyon sa banlieue" - Roger Rocher , ancien président de l'AS Saint-Etienne